Burkina Faso : il est temps de « tourner la page »

Le 15 octobre, des associations, des syndicatsdes intellectuels et artistes d’une trentaine de pays, d’Afrique et d’ailleurs, lançaient dans plusieurs journaux d’Afrique et d’Europe un appel « Tournons la page » pour dire non aux « coups d’Etat constitutionnels » qui se profilaient en Afrique.

Au Burkina Faso, le gouvernement a fait la sourde oreille aux cris de son peuple. Alors que, depuis des mois, la population défile dans les rues, remplit les stades de Ouagadougou, Bobo-Dioulasso…, pour demander le respect de la Constitution, le gouvernement a voulu passer en force en vue de réviser l’article 37 de la Constitution. Ce dernier empêchait le chef de l’Etat Blaise Compaoré, au pouvoir depuis 27 ans, de se représenter.

L’exaspération des Burkinabès était palpable. La semaine dernière (communiqué du 22 oct.), les associations signataires de « Tournons la page ! » appelaient les dirigeants burkinabés à sortir par la grande porte, en se conformant à la Constitution et à la Charte de l’Union africaine[1]. Ces dirigeants portent aujourd’hui la lourde responsabilité des heurts et de la période d’instabilité qui pourrait s’ouvrir au « pays des hommes intègres ».

Dans les mois qui viennent, plusieurs autres dirigeants africains ont aussi « rendez-vous avec l’Histoire ». Ils seraient inspirés d’entendre les aspirations démocratiques de leur peuple et de renoncer à toute tentative de « coup d’Etat constitutionnel »

[1] « Les Etats parties conviennent que l’utilisation, entre autres, des moyens ci-après pour accéder ou se maintenir au pouvoir constitue un changement anticonstitutionnel de gouvernement et est passible de sanctions appropriées de la part de l’Union : (5) Tout amendement ou toute révision des Constitutions ou des instruments juridiques qui porte atteinte aux principes de l’alternance démocratique. », article 23 de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, signée le 30 janv. 2007 par les États membres de l’Union africaine.

Burkina Faso : les craintes d’un coup d’Etat constitutionnel se confirment

Le 15 octobre, des associations, des syndicats, des intellectuels et artistes d’une trentaine de pays, d’Afrique et d’ailleurs, lançaient dans plusieurs journaux d’Afrique et d’Europe un appel « Tournons la page » pour dire non aux « coups d’Etat constitutionnels » qui se profilaient en Afrique.

La situation du Burkina Faso confirme nos craintes. Alors que, depuis des mois, la population défile dans les rues, remplit les stades de Ouagadougou, Bobo-Dioulasso…, pour demander le respect de la Constitution, le gouvernement du Burkina Faso a annoncé hier, mardi 21 octobre, la tenue d’un référendum en vue de réviser l’article 37 de la Constitution. Ce dernier empêchait le chef de l’Etat Blaise Compaoré, au pouvoir depuis 27 ans, de se représenter. Le projet de loi portant sur la révision de la Constitution, adopté hier par le Conseil extraordinaire des ministres, sera soumis à l’Assemblée nationale en vue de la convocation du référendum.

Aussitôt après cette annonce, des milliers de Burkinabès sont descendus dans la rue et une quinzaine d’organisations [1] ont dénoncé « un attentat à la Constitution ». « Nous allons résister, nous allons nous opposer à  cette velléité par des actions pacifiques », a déclaré un porte-parole du mouvement Balai Citoyen.

Les associations signataires de « Tournons la page ! » appellent :

  • « à un large rassemblement pour tourner la page des régimes autoritaires et construire les conditions d’une véritable démocratie en Afrique ». Associations, syndicats, personnalités ou simples citoyens… peuvent nous rejoindre en signant l’appel.
  • Les médias internationaux à braquer leurs projecteurs sur la situation au Burkina Faso.
  • Les dirigeants burkinabés, qui « ont rendez-vous avec l’Histoire », à sortir par la grande porte, en se conformant à la Constitution et à la Charte de l’Union africaine [2].
  • Les dirigeants européens à faire des « coups d’Etat constitutionnels » une nouvelle ligne rouge de la diplomatie internationale et à ouvrir les portes de leurs ambassades aux militants de la démocratie. Obama s’est exprimé clairement à ce sujet [3]. L’Europe brille par son silence. Or elle « trahirait ses intérêts et ses valeurs à cautionner par son silence la perpétuation de régimes archaïques au sud du Sahara. »

 

 

 

[1] Dont : Collectif Anti Référendum (CAR), Réseau d’Action pour la Démocratie (RAD),  Balai Citoyen,  M21,   Délégués Cité universitaire John Kennedy, de la JEP, FOCAL,  Coordination de la Société civile pour l’alternance (COSCA), Mouvement ÇA SUFFIT, AEP,  Association Prendre son Envol  et du   Centre pour la gouvernance démocratique, le Front de résistance citoyenne, PPKLS.

[2] « Les Etats parties conviennent que l’utilisation, entre autres, des moyens ci-après pour accéder ou se maintenir au pouvoir constitue un changement anticonstitutionnel de gouvernement et est passible de sanctions appropriées de la part de l’Union : (5) Tout amendement ou toute révision des Constitutions ou des instruments juridiques qui porte atteinte aux principes de l’alternance démocratique. », article 23 de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, signée le 30 janv. 2007 par les États membres de l’Union africaine.

[3] Cf. son discours au Sommet US-Afrique d’août 2014, ou cette tribune de la Secrétaire d’Etat adjointe chargée des Affaires africaines.